Droits de douane US : ouvrir de nouveaux marchés et renoncer à toutes charges supplémentaires pour les entreprises
La rentrée s’apparente à un parcours d’obstacles pour les entreprises jurassiennes qui exportent aux Etats-Unis. Face au mur tarifaire quasiment infranchissable imposé unilatéralement par Donald Trump, nos dirigeants cherchent activement des solutions pour conserver leurs clients américains, continuer à produire autant que possible dans le Jura et y conserver les emplois et le savoir-faire. Volontaires et créatifs, ils savent que le statu quo n’est pas une option et qu’ils doivent agir vite face une situation d’une gravité exceptionnelle.
Pour bien comprendre, il faut se rappeler que le Jura est l’un des cantons les plus industriels de Suisse et qu’en 2024, 18% de toutes nos exportations directes ont pris la direction des Etats-Unis, le plus important marché après l’Union européenne. A ce chiffre s’ajoutent les exportations indirectes, comme des pièces d’horlogerie vendues à des clients de Genève ou de la Vallée de Joux qui eux-mêmes exportent aux Etats-Unis, ou encore des machines vendues aux constructeurs automobiles allemands, impactés eux aussi par les nouveaux tarifs. Le tout avec un dollar qui a perdu 12% de sa valeur depuis le début de l’année… On mesure ainsi mieux l’ampleur du problème.
Alors que faire ? D’abord se dire que rien n’est immuable et que les choses peuvent donc encore évoluer. Nos autorités poursuivent les négociations avec la Maison Blanche et il n’est pas interdit d’espérer qu’elles parviennent à un meilleur accord. A court terme, le Conseil fédéral mise sur le recours au chômage partiel, ce qui est louable mais ne sera pas suffisant compte tenu de la nature de cette crise. Il s’agirait plutôt d’apporter un soutien direct et ponctuel à nos entreprises exportatrices pour compenser une partie des droits de douane, afin qu’elles ne perdent pas -définitivement ? – leurs clients américains, le temps d’obtenir un accord plus favorable. Ensuite, nos autorités, soutenues par les associations faitières, doivent réduire les charges qui pèsent sur les entreprises et accélérer l’ouverture de nouveaux marchés. Les récents accords signés avec l’Inde et le Mercosur montrent la voie et permettent d’espérer une compensation, ne serait-ce que très partielle, des affaires qui ne se feront plus avec les Etats-Unis. La CCIJ organise d’ailleurs prochainement un événement sur l’accès au marché indien pour aider ses membres à entrer sur ce marché très prometteur. Notre association s’engagera également avec conviction en faveur des Bilatérales III, au moment où la Suisse paie au prix fort son isolement. Cet accord, très équilibré, est absolument vital pour l’économie suisse dans le contexte actuel pour ne pas « s’éloigner à la fois des Etats-Unis et de l’Europe ».
A l’échelon cantonal, la CCIJ a également un message simple à l’égard du monde politique : « plus de nouvelles charges sur les entreprises ». Notre association s’engage pour qu’il soit renoncé à tout projet qui entraînerait des charges supplémentaires pour les seules entreprises jurassiennes, ce qui entamerait encore un peu plus leur compétitivité. Compte tenu des emplois en jeu, ce serait tout simplement irresponsable. Nous espérons qu’au moins sur ce point, un consensus politique puisse se dessiner rapidement. Face à la déferlante des droits de douane et à leurs conséquences potentiellement dévastatrices pour l’économie jurassienne, il en va de la sauvegarde de notre tissu industriel, de la préservation de milliers d’emplois et, en fin de compte, de la prospérité de notre canton !
Pierre-Alain Berret
Directeur de la CCIJ