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Et si les robots créaient de l’emploi ?

Delémont, 26 septembre 2019 - L’irruption de robots dans notre quotidien est source de craintes, d’espoir et d’interrogations pour bon nombre d’entre nous, qui se demandent s’ils ne vont pas finir par nous « voler » nos emplois.

Cette question fait l’objet d’études contradictoires. Dans son dernier rapport « L’avenir du travail », publié ce printemps, l’OCDE relève que « l’automation menace 14% des emplois actuels au cours des 15 à 20 prochaines années ». Deux chercheurs américains du MIT et de l’Université de Boston ont chiffré à 5 à 6 emplois pour 1'000 ouvriers les postes supprimés par les robots. Dans une récente étude réalisée auprès de 19'000 employeurs dans 44 pays, l’entreprise de recrutement Manpower arrive pour sa part à la conclusion que « le passage des entreprises à l’ère digitale créera davantage d’emplois en Suisse qu’il n’en détruira ». Les employeurs suisses n’ont jamais été aussi nombreux (94%) à envisager le maintien de leurs effectifs en raison de l’automatisation de certaines tâches. Les entreprises qui automatisent le plus sont même celles qui créent le plus d’emplois. Cette conclusion est confirmée par une récente étude du KOF, le Centre de recherche conjoncturelle de l’EPFZ, pour qui une entreprise qui investit 100'000 francs dans la numérisation multiplie par 1,6 le nombre de postes.

Une chose est certaine : cette évolution, inéluctable, entraînera un profond bouleversement du monde du travail. Pour l’OCDE, 32% des emplois actuels sont susceptibles d’être « profondément transformés ». Certains postes de travail vont encore disparaître, à un rythme probablement toujours plus rapide, d’autre vont se créer tout aussi vite. Manpower relève que « ces nouveaux emplois seront différents, plus qualifiés que les emplois détruits ». Le KOF a même chiffré le phénomène : pour 5,8 postes à qualifications élevées créés, 2,3 postes à faible qualification disparaissent.

Ce basculement dans l’ère numérique contraint chacune et chacun à s’adapter, à évoluer dans ses qualifications. La reconversion des personnes et leur formation dans le numérique devient un enjeu majeur pour nos sociétés, qui se doivent d’accompagner les individus dans leur recherche de nouvelles et meilleures opportunités, dans un processus de formation « tout au long de la vie ». Quant aux entreprises, en quête de nouvelles compétences, elles vont se muer en « bâtisseurs de talents ». Dans l’industrie manufacturière en particulier, on s’attend à une véritable « révolution des compétences », avec une forte croissance des postes supposant un savoir-faire technique et numérique, couplé à des qualités humaines supérieures en matière de communication, d’adaptabilité, de négociations.

Les robots, menace ou opportunité ? Si l’on observe l’évolution récente de l’emploi en Suisse, mais aussi en Allemagne, deux pays qui ont pris le virage numérique, c’est bien d’opportunités dont il faut parler. Au pays du franc fort et de la cherté, les entreprises n’ont pas d’autre choix que d’innover et de lutter pour maintenir des coûts de production concurrentiels. L’économie jurassienne, très industrialisée et tournée vers l’exportation, en sait quelque chose. L’intégration de robots et l’automation de certaines tâches y sont nécessaires pour continuer à créer de la valeur et conserver la production ici, et maintenir ainsi un savoir-faire et des emplois. Vus sous cet angle, les robots sont peut-être bien la planche de salut de tout un pan de notre économie.

Pierre-Alain Berret

Directeur de la Chambre de commerce et d’industrie du Jura