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Coronavirus : entreprises jurassiennes dans l’expectative

Delémont, le 12 février 2020 - Ce chef d’entreprise jurassien, actif dans la grande distribution, vient d’annuler un voyage d’affaires en Chine. Il devait y rencontrer des fournisseurs et passer d’importantes commandes. Son collègue, actif dans le secteur des machines, ne recevra pas comme prévu ses clients chinois à Delémont. Leur séjour vient d’être annulé. Tout comme la visite d’une délégation au prochain salon de Milan où des rendez-vous d’affaires étaient agendés. Au moins ce salon-là aura-t-il quand même lieu quand d’autres sont purement et simplement annulés. Pour le reste, les affaires attendront. Les entreprises jurassiennes qui travaillent avec la Chine en sont réduites à l’expectative. Personne ne sait aujourd’hui pour combien de temps.

L’économie chinoise se remet progressivement en mouvement après la longue pause forcée qui a suivi le Nouvel An chinois, mais elle tourne toujours au ralenti. Et compte tenu de l’importance du pays dans l’économie mondiale, ce n’est une bonne nouvelle pour personne. Dans le Jura, un certain nombre d’entreprises ont des filiales sur place, des clients, des fournisseurs ou des distributeurs. Le secteur des machines est concerné, de même que l’horlogerie. Toute la filière commence à s’inquiéter de voir les ventes baisser dans cet immense pays, premier client de l’horlogerie suisse. Sans compter que les touristes chinois désertent l’Europe et la Suisse. Ce sont eux qui d’ordinaire se ruent dans les boutiques de Lucerne et d’Interlaken pour acheter des montres suisses… fabriquées dans nos usines jurassiennes.

Cette crise, totalement imprévisible il y a quelques mois, tombe d’ailleurs au plus mauvais moment. Elle s’inscrit dans un contexte de croissance chinoise plombée par la guerre commerciale avec les Etats-Unis – qui commençait à peine à s’apaiser en ce début d’année 2020- et par les troubles politiques à Hong Kong. Ceux-ci ont pesé l’année dernière déjà sur les ventes de montres dans cette région, l’ancienne colonie britannique jouant le rôle de porte d’entrée vers la Chine. Il faut donc s’attendre à un premier trimestre compliqué pour l’horlogerie suisse qui, fort heureusement, est présente sur l’ensemble des marchés mondiaux. Cette répartition judicieuse des ventes montre toute sa pertinence lorsqu’une région du monde connaît des difficultés comme c’est le cas aujourd’hui.  

Dans l’immédiat, les entreprises jurassiennes actives sur le marché chinois n’ont donc pas d’autre choix que de s’adapter. Celles qui attendent des fournitures de Chine puisent pour l’instant dans leurs stocks, en croisant les doigts pour que la crise ne s’éternise pas. Sinon, elles devront envisager d’autres sources d’approvisionnement, ce qui s’avère souvent compliqué voire impossible à court terme. A défaut, certaines chaînes de production pourraient finir par être impactées. On se rappellera toutefois que lors de l’épidémie de SRAS entre 2002 et 2003, l’économie chinoise avait repris rapidement sa dynamique de croissance, parvenant même à compenser une partie du retard accumulé pendant les mois de crise. Nous signerions tout de suite pour la répétition d’un tel scénario.

Pierre-Alain Berret

Directeur de la CCIJ